Flash back track
Je cherchais un CD. Un CD en particulier, de ceux que l'on a envie d'écouter à un moment précis sans bien savoir pourquoi, mais sur lequel on ne peut mettre la main. Je cherchais et cherchais encore, pendant de longues minutes, m'arrêtant net, le nez en l'air, les bras ballants, creusant ma mémoire, puis, sous l'effet d'une fausse lueur, vidant un tiroir, quand je suis tombé dessus. Pas sur celui tant espéré, non, cela ne se passe jamais ainsi. Inscrit sur ce qui fut un disque vierge, un nom d'artiste puis un nom d'album tracés au marqueur, par ma main alors encore adolescente.
J'entrepris de compter les années qui me séparaient de ma dernière vision de ces traits noirs maladroitement soulignés sur le brillant du support, en vain. Non pas que ces années soient trop nombreuses, mais c'est que l'effort de passage par tant de souvenirs enfouis, refoulés pour certains, intrigants pour d'autres, pour atteindre la date visée me paru trop difficile, trop lourd, et surtout, je n'en avais absolument pas l'envie.
Je marquai un temps.
Je me relevai, et fit glisser l'objet dans la fente de mon ordinateur.
Les premières notes me firent tomber à la renverse sur mon lit, les yeux fermés, et les images surgirent. Plus de décompte d'années à la façon de ceux qui ont tant vécu qu'il doivent s'en assurer, plus aucun effort de remémoration. Les choses se passèrent malgré moi. Ma chambre citadine d'étudiant se transforma en piaule rurale d'adolescent rebelle, mes idées consensuelles, mes réflexions réfléchies, mes remises en questions apaisées disparurent pour de nouveau laisser place à un bouillonnement, à une forme de colère, à un rêve léger et porteur mais parfois lourd à porter. Mes cheveux poussèrent, beaucoup, et ma barbe naissante devint sébum et autres excroissances indésirables.
Je retrouvai d'un coup, violent, sévère, mais nostalgique et presque ironique, mes 15 ans.
Un skateboard en deux morceaux vint orner mon mur, ainsi que des posters en tous genres, quelques groupes de métal hurlant, mais surtout Nirvana, Led Zeppelin, Renaud, Ben Harper (cherchez l'intrus...). Je revisitai mes problématiques d'alors, mes amours, déceptions et événements forts, mes premiers joints, ou mes vifs excès de voix à l'encontre de ma pauvre mère qui avait à mes yeux l'impardonnable défaut de pouvoir me parler.
J'écrivais dans un cahier et sur des feuilles volantes des textes tantôt vengeurs, tantôt fleur bleue, et m'abandonnais en élans poétiques incontrôlés, en totale osmose avec ma guitare trouée.
Et le morceau se finit. Les instruments se turent. J'ouvris les yeux sur le plafond désespérément blanc de mon appartement solitaire.
Je tournai la tête sur le côté et tomba sur le poster représentant la fameuse guitare brûlée par les soins de Jimi Hendrix.
J'ai fait crier Janis Joplin dans les enceintes, j'ai ouvert une bière, roulé un clope.
Un sourire naquit : il y a 5 ans, je n'osais même pas espérer mener ma vie actuelle.
à l'adresse
7.11.09
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10 commentaires:
Le temps de l'adolescence est un temps suspendu au dessus du vide. Les mêmes mots en écoutant la même ziq : Hendrix, Janis, Led Zep... seul Nirvana n'existait pas.
Parfois il faut très peu de chose pour adhérer à un billet : "Fumer MON clope !" je vous adore !
Pour moi cette période a surtout été le temps de l'entrée en rapport au monde et donc de ma définition en face de ce monde. Je découvrais soudain des outils d'ouverture et de compréhension qui me forcèrent à me positionner. Et puis aussi, bien sûr, le temps des découvertes, en tous genres...
Je réponds légèrement à côté, Caillou, parce qu'en fait je saisi mal l'idée de "temps suspendu au dessus-du vide"...
Pour la musique, les choses semblent aujourd'hui évoluer quand je regarde mon frère de 14 ans et ses copains...
Gicerilla, vous me faites un immense plaisir. Il s'avère que je fais toujours très attention à ce détail que vous soulignez. En effet, parfois je mets "clope" au féminin, parfois au masculin, cela dépendant de l'ambiance, du sentiment, de l'impression que je souhaite exprimer. "Je fume un clope" me semble très différent de "je fume une clope". Même si j'ai du mal à mieux expliquer. Au masculin, ça fait plus "terroir"... c'est le mot qui me vient.
Un grand merci donc pour avoir relever cette subtilité !
Voilà Somon, une fois de plus, je me suis fait piéger ! Et je t'emmène avec moi, si tu le souhaites :
je te décerne le "awesome blogger" que j'ai reçu ce matin. Tu vas sur mon blog et tu sauras comment faire !!!!
"mes vifs excès de voix " Sourire, le bel euphémisme !
Allez, Simon, livre-nous quelques-unes des tes envolées poétiques de tes 15 ans, s'il te plaît.
Bises.
Savarati, appelle moi encore une fois "Somon" pour voir ! (comment ça le "o" est à côté du "i" sur le clavier ? Ouh, c'est naze de se moquer des fautes de frappes !!) ;-)
Bon hé bien merci beaucoup, c'est fort sympathique ce "awesome blogger". Je vais jouer le jeu, bien que j'ai eu la malheureuse curiosité de remonter la piste de ce prix et, bon, je suis resté, comment dire, dubitatif devant les divers espaces que j'ai pu parcourir... Mais puis cela vient de toi, allez.
Dana, oh tu sais, mes "vifs excès de voix" ne sont pas forcément un euphémisme, mon adolescence n'a pas été trop turbulente, de l'extérieur du moins. Mais il est vrai que je suis passionné et sanguin autant que je peux être raisonnable et réfléchi.
Quant aux écrits de mes 15 ans, en voilà un demande... je vais réfléchir, je vais relire (j'ai toujours le cahier en question) et peut-être, si je n'ai pas trop honte, j'en publierais. à voir.
bises.
Merci SImon 'oh, comme ce fut stressant cet instant où le doigt effleure la touche, j'ai tapé ce texte alors que le jour commençait à tomber ... et je deviens dyslexique, ou impatiente !
Tu sais, moi non plus, je suis pas tag de fan, euh, fan de tag mais je suis influencée par l'environnement et si cela vient de quelqu'un de sympa, je n'ai pas le coeur de refuser.
Chapeau pour tes réponses originales, surtout celles que j'ai pas compris (j'ose l'avouer), la première notamment ! C'est fait pour, je suppose !
Mais si je me suis prêtée à ce jeu, tu as pu remarquer que mes affirmations ne sont pas des plus précises, je préfère révéler mes états d'âme entre les lignes de mes textes plutôt que de les exposer sur la voie publique. Je sais que tu me comprends.
...je te comprends, et nous sommes bien d'accord, Saravati !
(mais je le savais déjà ! ;-))
Quant au premier point, je ne le comprends pas non plus, enfin pas les termes techniques (et, oui bien sûr, c'était voulu), peut-être expliciterais-je cela par une petite photo, parce que c'est rigolo... :)
J'ai mis ces mots sans intention, ils passent, je les attrape et les pose... L'adolescence est hors du temps, c'est la première rencontre que l'on fait avec celui qu'on va devenir. Un gros taf : s'inventer la vie, conquérir les espaces et les aménager... ;-)
Caillou, :), oui, ça, ça me parle bien. Un "taf" dis-tu ? Espèce de grand ado va ! ;-)
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