Instantané

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-Lise ?
-Pardon ?
-Lise, c'est toi ?
-Pierre...

Silence.
Un vieux monsieur passe. Sa petite fille lui tient la main.
Elle vient d'avoir 4 ans, et elle déborde de vie. Ses cheveux sont un champ de blé clair brassé par le vent, mobile, lumineux, vivant. Le vieil homme la gâte plus que de raison. Il se plaît à lui raconter de longues histoires pendant qu'elle joue à autre chose, ou quand, comme aujourd'hui, ils se promènent, et qu'elle qui tire inlassablement et avec frénésie sur son bras vétéran.
Tous deux regardent la scène. La petit fille se tait. Le vieux sourit.

-Il y a combien de temps ?
-Quelques années.
-Mais qu'est ce que tu fais ici ?
-Ben, je travaille. Et toi ?
-Pareil.

Silence.
Dans sa voiture, un homme le portable visé à l'oreille, au feu rouge, fume une cigarette roulée qu'il ne cesse de rallumer.
Il n'a pas dormi la nuit dernière. Il sent qu'il faut qu'il mange.
Il regarde la voiture arrêtée à côté de la sienne, et trouve, malgré lui, le conducteur absolument abject. Il est au téléphone avec la collège qu'il va rejoindre au restaurant.
Le feu passe au vert. Il rit sans que l'on sache bien pourquoi, rallume encore son mégot, et démarre en faisait crier le moteur.

-Tu n'as pas changé... Toujours les cheveux comme une brosse, tes yeux tristes, ce petit air sûr de toi...
-Tes lèvres, ta blondeur, ton regard pénétrant, tes petits seins...
-Tes mains, ton dos voûté, ta voix... Tu joues toujours de la musique ?
-Non. Et toi ?
-Non.

Silence
Deux femmes assises sur un banc discutent de leur vie sexuelle.
Elle se sont rencontrées en inscrivant leurs fils respectifs au même club de rugby. Depuis, elles se voient toutes les semaines.
L'une se met à chuchoter à l'oreille de l'autre. Elle se taisent net. Puis, de concert, éclatent d'un rire sonore, et s'en vont.

-Je t'ai attendu tu sais.
-Je sais. Tu m'as manqué tu sais.
-Je sais. Je t'aime Lise.
-Je t'aime, Pierre.

Silence
Un des grands arbres qui bordent la rue émet des craquements étranges sous l'effet du vent. C'est lui qui a été planté ici le premier. Sur les trois pieds que constituaient sa bouture, seule le plus robuste n'a pas été coupé, et c'est lui qui a grandit en ce fier ancêtre qui veille depuis des années sur la rue.
Une feuille se décroche, entame inéluctablement une virevoltante descente vers le pavé, et vient se poser sur la chaussure de Pierre.

-Bon, eh bien passe une bonne journée.
-Oui merci, toi aussi.

La petit fille lâche la main de son grand-père, trébuche sur le trottoir, tombe sèchement au sol, et éclate en sanglots.

L'envie de rien

Vous êtes chez vous.
Assis sur une chaise avec des accoudoirs
Un fauteuil. Avec un siège en osier.
Il fait froid, mais
Vous êtes couvert, alors
Vous n'avez que
Les mains, les pieds et le bout du nez qui souffrent du manque de chaleur.
Vous êtes donc assis.
Mais pas comme d'habitude,
Non,
Vous avez les coudes
Posés sur les accoudoirs, ainsi
Vos épaules remontent, et
Vos mains pendent, molles, au-dessus de
Vos cuisses
Votre menton est rentré,
Votre tête est appuyée sur
Le dernier barreau de bois qui forme
Le dossier.
Vos yeux sont en mouvement permanent,
Ils bougent par petits coup secs.
Mais c'est comme si
Ils étaient fixes,
Dans le vague.
Bien qu'ils bougent,
Ils voient, mais
Ils ne regardent pas.
Votre tête est saturée de pensées
Emmêlées.
Il n'y a pas de lecture claire.
Il y a déjà un bon quart d'heure que
Vous êtes dans cette position.
Vous vous dites qu'il va falloir que
Vous bougiez.
Mais, quoi faire ?
Pourquoi se lever alors que
Vous pourriez rester là, sans nuire à
Personne,
N'étant pour un court moment
Pas totalement conscient.
Bien qu'il y ait maintes choses à faire,
Vous éprouvez à la fois
L'envie de vous mettre en action, et
L'envie de rien.
Vous vous ennuyez,
Mais rien de ce qui pourrait y remédier
Ne vous convient.
Votre anémie morale n'a d'égale que
Votre anémie physique.
Pourtant, lorsqu'un événement de votre
Quotidien surviendra, peut-être sous la forme
D'une idée,
Alors forcé
Par le temps,
Par la vie,
Vous vous mettez en action.
Mais votre état intérieur
Ne change pas pour autant
Au fond,
Vous êtes une chaises avec des accoudoirs.
Assis chez vous.

L'a-t-il vu ?

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Comme si je le regardais pas.

Mes yeux pointent ailleurs, mais ils voient tout. Vision périphérique, mouvements furtifs, observation discrète.

Je vois tout.

Lui en reste au premier degré. Il en reste à mes yeux qui regardent ailleurs.

J'ai la bouche couverte. Pas besoin. Un nez affûté, des yeux agiles, c'est tout. Cela suffit amplement pour apprendre, pour comprendre. Parfois, une moue, un croisement de jambes, une respiration qui s'accélère, une poignée de main, peuvent en dire bien plus qu'une longue discussion alambiquée.


Il m'a conduite, tout fier de me sortir, à la Pointe du Petit minou. "Jusqu'au phare" disait-il tandis que nous étions encore au chaud. Je me suis demandée si il ne tentait pas une allusion lubrique, dans un élan testostéronaire mal assumé. Alors qu'il lui aurait suffit d'un baiser un tant soit peu intense.

Mais non, c'était bien l'endroit où il voulait m'emmener.

C'est beau.

Le lieu j'entends.

Un vent impressionnant, un peu de monde, et lui qui jouait au guide. "Et sur la droite, la pointe du Grand minou...". Je le regardais incrédule, haussant le sourcil, souriant gentiment, souvent sincèrement, à ses vannes ou ses attentions ostensiblement délicates. Il m'a raconté des salades sur Camaret et New York qui seraient dans l'alignement, alors que, j'ai vérifié, en fait c'est Lanvéoc et Québec. Il avait l'air content. Il se disait vivifié par ce vent, par cette rencontre frontale avec les éléments, déchaînés, incontrôlables. Il marchait devant et je le suivais, sans trop dire grand chose. Cela n'avait pas l'air de le gêner le moins du monde, lui qui sait pourtant se faire parfois si insistant pour m'arracher quelques mots. Là non. On est pas resté bien longtemps. Faut dire qu'on se caillait les miches.


Je me suis faite tremper, parce que les vagues venaient s'éclater sur le pont en pierre qui relie le phare à la terre, éclaboussant les passants, tels que nous. J'ai eu froid. J'avais faim. J'étais fatiguée.

Pourtant je souriais.

C'est qu'au fond, il aurait pu pleuvoir ou neiger, lui m'aurait dit "Los Angeles et St Malo", je m'en foutais. J'étais juste heureuse.

Sur la gueule

Ca m'est tombé sur la gueule.
D'un coup sec, soudain et violent.
Comme une lourde pierre venue de nulle part, qui me serait arrivée pile sur le crâne.
Quelqu'un a lancé ce poids dans ma direction, n'a pas crié gare, et vlan, en pleine tronche.
J'avais déjà ressenti cela. Il y a bien longtemps. La masse était alors bien plus lourde. Enorme en fait. Et je la voyais venir. Jusqu'au dernier moment, je me disais que je pourrais l'éviter, d'un petit pas sur le côté, et hop, à l'abri. J'avais alors préjugé de ma vélocité, et au moment venu, même pas le temps d'émettre un départ de mouvement que je me la suis prise dessus. La cicatrice fut à l'image de la plaie : bien large. Un peu trop pour mon petit crâne de crâneur.
Et alors que je venais d'enlever les fils des points de suture, que la cicatrice allait lentement mais sûrement en s'estompant, voilà qu'une autre pierre vient frapper au même endroit. Bien plus petite mais imprévisible.
Un peu comme une piqûre de rappel.
N'empêche que ça fait mal. Et puis ça sonne un peu, pendant quelques minutes. Ca résonne dans tout le squelette, qui est ébranlé, vacille, et se tasse.
Je me suis pris ce truc sur la tronche, encore, ça devrait m'apprendre à être plus prudent, à avancer en tâtonnant un peu plus, à me protéger. Pour l'instant je ne sais pas faire. Je tente de traverser un champ de mines en fermant fort les yeux, juste parce que j'ai tellement envie d'arriver de l'autre côté. Forcément, ça ne marche pas toujours. Et c'est douloureux.

Pensées vagabondes : lumières indirectes

J'aime les lumières indirectes.
Dans ma chambre, je n'allume presque jamais le plafonnier. Ou alors juste pour trouver un filtre à cigarette qui a roulé au milieu du morne bordel qui gît au pied de mon lit. Éventuellement pour buter un moustique particulièrement aguerri.
J'ai une lampe d'architecte, avec un pied en deux articulations et une tête mobile, que je peux donc aisément tourner vers un mur. Pour mon chevet, j'utilise une lampe de bureau, plus petite mais aussi mobile, avec sa tige flexible. Enfin, j'ai installé un petit projecteur, un PAR 16 sur mon étagère, qui éclaire une partie assez précise de mon plafond.
Ces trois sources lumineuses éclairent mon espace de vie indirectement. L'ambiance rendue, un peu tamisée, parfois feutrée, m'est plus qu'agréable ; aujourd'hui quasi indispensable pour me ressourcer, ou me concentrer. Je hais cette infâme lampe à économie d'énergie de la cuisine. Immonde lumière d'abord faiblarde et jaunâtre, tirant ensuite sur le blafard, violent et uniforme, homogène, triste, mort.
Rien ne vaut un coucher ou lever de soleil, alors que l'astre n'est plus ou pas encore là, et que sa lumière ne vient pas nous frapper directement. Tout est plus doux. La vie se feutre, le goût des choses est plus fin, moins piquant, sans pour autant être fade.

L'attente

Nous avions pris cette décision, sur ma proposition.
Il n'avait pas répondu "oui". Il m'avait juste dit que les dates que je proposais pourraient convenir.
Je ne savais pas pourquoi j'avais relancé l'idée. Je dis relancer parce qu'il y plusieurs mois, c'est lui qui avait demandé à me revoir. Assez abruptement d'ailleurs. L'alternative aurait été selon lui de rompre tout contact. Mais je savais à ce moment qu'il ne tiendrait pas. Et qu'il n'y tenait pas. Ni à ce que nous nous voyions, ni à "couper les ponts" comme on dit.
Et voilà que cela m'a pris, après une longue réflexion, vaine, inefficace au possible, je lui ai écrit.
Une fois d'accord sur le principe de la "re-rencontre", je l'ai laissé mariner.
D'autres choses urgentes me prenaient tout mon temps et mon esprit, je n'avais de toute façon pas plus d'information à lui donner pour le moment, et surtout, une telle entrevue, après tant de temps, posait beaucoup de questions. Je refusais d'y répondre. Pourquoi anticiper sur ma réaction ou sur sa réaction alors que les deux sont imprévisibles ? Et c'était trop tard, le sort en était jeté, nous allions nous revoir. Tenter de tout remettre en cause aurait été vain, de nouveau.
Je ne devais pas lui donner "d'accroche", je le sentais avide de renouer le contact plus franchement avant même de préciser une date, avide de se rassurer, avide de savoir dans quoi il s'embarquait, avide de maîtriser au mieux la situation. Je l'imaginais monologuer, tout seul dans sa chambre, prenant une voix grave, flegmatique et détachée, essayer de prévoir, se jouant les questions et les réponses, les éventuels haussements de voix, les yeux brillants de larmes, les silences gênés, ou les histoires rocambolesques qu'il allait bien pouvoir me conter. Je l'imaginais "romantisant" la situation, se dessiner en songe mon arrivée, de loin, dans la brume, un sourire triste aux lèvres, et lui, fort robuste, m'attendant de pied ferme, pour mieux m'amadouer par la suite, ou alors dandy, nonchalamment vautré sur un banc public ou appuyé contre un mur, simulant un certaine décontraction. Lui qui est si frêle physiquement, et pourtant si arrogant, si sûr de lui, qui aime à se mettre en avant, qui veut être fier de lui, et des gens qui l'entourent, et qui veut que l'on soit fier de lui, que l'on l'adule, que l'on le flatte, ne serait-ce que par un regard.
Lui dont le beau, le vrai, le sensible est ailleurs, est au fond, où il ne veut pas trop que l'on regarde, ou alors pas trop longtemps et avec un faux air d'innocence. Ce qu'il cache, comme beaucoup, mais qu'il devrait nous offrir. Le risque est de ne pas l'entretenir et de le laisser dépérir, moisir au fond, caché. Car alors notre rencontre serait rédhibitoire.
Il devait tenter de me voir, à travers ses souvenirs, d'anticiper mes réactions, de prononcer tout bas mes paroles, de deviner ce que j'allais dire. Il devait même chercher à se projeter dans ma tête, penser à ma place, comprendre mes mots, mes sourires, mes larmes, mes états d'âmes, questionnements, savoir pourquoi je venais, pourquoi, de nouveau, maintenant, je tentais la rencontre. S'il savait. Moi même, je ne sais pas vraiment. Si je savais !
Il a du se demander où. Dans la rue ? Un jardin public ? Un bar ? Chez lui ? En bord de mer ? Il ne devait pas avoir de réponse. Et c'était pourtant facile. Je sentais. C'était évident. Mais il n'aime pas les évidences. Il a besoin de gratter, de chercher, de comprendre, là où il n'y a parfois rien à comprendre.
Ainsi, il ne fallait pas lui laisser d'accroche. Il devait rester dans le flou. Sinon, il m'aurait harcelée, travaillée, jusqu'à ce que je réponde à ses questions, que je le rassure, à sa manière, et selon ses besoins. Mais je ne voulais moi-même pas en savoir plus avant de le voir. Il ne pouvait donc tout simplement pas en savoir plus.
Plus ou moins inconsciemment, je l'ai abandonné dans son marasme interrogatif, dans sa bouillie de questions, je l'ai regardé, de loin, s'égarer dans les méandres brumeux de son imagination. Et je crois qu'il s'y est perdu, car il m'a laissée tranquille. Il n'a plus donné signe de vie. Jusqu'au moment où je lui ai proposé une date précise. Il a répondu :
"-Bon. Très bien."
Il le fait de temps à autre, je ne sais jamais trop ce que cela signifie. Et je m'en tamponne.
Voilà.
Puis nous nous sommes vus.
Voilà.
Et je suis repartie.
Voilà.

UMPerle

Même si ce n'est pas l'habitus en ces lieux, je ne peux résister, il faut absolument que je publie cette merveille qu'est le clip officiel des Jeunes Populaires, la "vitrine de l'UMP pour 2010". Ils ont fait plus fort que la musique de Ségolène Royal pour la présidentielle de 2007. Et fallait le faire. Merci donc à Maxime Pitteloud, le génie qui a eu l'audace et le talent de réaliser ce clip. Merci Maxime, merci.

Je dois vous prévenir, cette vidéo est TRÈS VIOLENTE, éloignez les enfants, et sortez les mouchoirs, les saignements de nez sont à craindre.

La droite française, c'est donc aussi ça :




 
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