Une connaissance, comédienne de son état, m'a demandé d'écrire quelques courts textes de théâtre pour les élèves d'option théâtre du lycée dans lequel elle intervient. Thème : pouvoir/folie.
Je me suis pris au jeu. Je vous livre donc mes trois premières expériences en la matière.
Vouloir pouvoir posséder
Trois personnages : N, B, F.
N est d'une façon ou d'une autre surélevé par rapport à B. Il peuvent être côte à côte.
F est en avant scène et semble toujours parler au public.
N
Si je possédais... Je pourrais tellement !
Décider, avoir, choisir...
B
Si tu possédais quoi ?
N
Peut-importe, si je possédais dans l'absolu. Si je possédais au sens le plus large.
F
Pour posséder, il faut déposséder. Si tu gagnes, un autre perd. Se placer au dessus est nécessaire, mais il faudrait ne pas faire de tord.
N
Et alors ? Non. Peut-être. Je m'en contrefous.
Si tu ne veux pas être dépossédé, il faut vouloir posséder. Alors les plus méritant, les plus travailleurs gagneront plus. Faire jouer la concurrence, et l'élimination naturelle des plus faibles. Les plus faibles ne sont que ceux qui ne veulent pas.
B
Qui ne veulent pas quoi ?
N
Qui ne veulent pas dans l'absolu. Si tu veux, tu as. Moi je veux.
B
Oui mais tu as déjà.
N
Et bien j'aurai plus.
Ne pas pénaliser ceux qui ont le mérite d'être nés au bon endroit.
"Remercier Dieu de chaque jour qu'il fait de... " ...et vous mettez ce que vous voulez derrière, mais ça c'est en option, pour les plus réticent à la concurrence.
F
Peut-être qu'écouter ce que ceux qui ne veulent pas peuvent vouloir dire serait...
N
Si on ne les entend pas, c'est bien qu'il n'ont rien a dire. Les loosers, les moins que rien qui ne veulent pas, qui ne méritent pas, ne sont pas dignes d'être entendus. Peut-être les éradiquer serait la solution.
B
Ou les expulser ! Ou juste les oublier.
N
Oui ! Les oublier ! Et même, les faire oublier, les faire disparaître.
F
Peut-être que...
N
Non. Tu as tord. Dans l'absolu.
Si je possède, je peux. Plus je possède, plus je peux.
B
Mais tu peux quoi ?
N
Tout. Posséder, c'est dominer, dominer, c'est pouvoir, dominer, c'est le pouvoir. Le pouvoir. Le pouvoir ! Le pouvoir...
à F : Et alors toi, je pourrais, je pourrais, je pourrais, te tirer les oreilles, t'arracher les cils, te pincer les joues, te fesser, te commander, te diriger, t'ordonner, te hurler dessus, t'insulter, te rabaisser, et le summum, t'ignorer. Et tout cela à ma guise, sans que tu ne bronches, sans que tu n'oses me regarder dans les yeux, tu iras jusqu'à me défendre de tout ton saoul, car là où tu seras, tu le seras grâce à moi, ce que tu posséderas, ce que tu pourras faire, et même ce que tu voudras, tu me le devras.
B
Et moi je...
N
Tss, tss, tss.
T'ai-je donné la parole ?
Je posséderais. Je pourrais. Je voudrais. A tel point que je saurais. Par principe, dans l'absolu, je saurais.
Je choisirais la plus jolie fille, la plus convoitée. Je choisirais qui fait quoi qui va où. Les plus possédant donc les plus méritants, je leur donnerais un peu de pouvoir, pour qu'il puissent s'amuser, tout de même.
Je provoquerais par l'exposition de leur médiocrité la déchéance de ceux qui voudront me déposséder. Et je posséderais tellement qu'il sera bien trop dur de me déposséder !
F
Et tu crois que les gens vont laisser faire, comme ça ? Tout le monde veut posséder, tout le monde veut le pouvoir, on ne va pas te laisser ainsi tout prendre !
N
J'ai déjà. Je veux déjà. Si les gens croient que j'ai ce qu'il veulent et que je vais le leur donner, ils m'aideront à tout posséder. Ils ne veulent pas faire les gens, ils veulent voir. Les spectateurs ont besoin des acteurs.
Dès que je posséderais, que je pourrais et que je saurais, alors je voudrais et je ferais, et je ferais et je ferais et je...
B
Tu feras quoi ?
N
Je ferais dans l'absolu ! Oh puis zut. Vous êtes trop con. C'est là votre meilleure qualité d'amis.
Vous avez 1 ou 2 euros ? Faut qu' j'aille ach'ter du pain pour ma mère...
B
à F : C'est à ton tour de chourer les bonbecs !
NOIR
Les chaussures du Peuple
Trois personnages : A, B et C.
A est plus petit que B et C.
A n'a pas de pantalon et porte, dans ses chaussures, des chaussettes très montantes, très laides et très visibles, qui attirent l'attention.
B porte un short, des chaussettes courtes ("normales") dans ses chaussures.
C porte un pantalon mais est pieds nus dans ses chaussures.
C est en fond de scène à cour, debout, tête baissée et ne bouge pas jusqu'à la fin de la scène.
A et B sont en avant scène, à jardin, A est légèrement devant B.
A
Et tu crois quoi ?
Tu crois que je peux accepter que tu regardes mes chevilles comme ça ?
B
Non je sais mais...
A
Des sons ne sortirons de ta bouche que lorsque je l'aurais décidé.
Ce regard là, que tu as porté sur cette partie de mon corps était totalement déplacé. Tu crois que je me suis battu si dur, que j'ai tellement souffert jusqu'à atteindre mon rang pour que l'on puisse faire le moue en regardant mes chaussettes ? C'est une insulte. Un blasphème. Et tu le sais. J'ai érigé cette loi, tu la connais cette loi ? hein tu la connais ?
B
Oui, je la connais.
A
Bien sûr que tu la connais, tu l'as écrite pendant que je te dictais : "il est rigoureusement interdit de porter un regard autre que d'admiration sur les chaussettes de son souverain". Et je l'ai voté cette loi. Nous sommes en démocratie non ?
B
Ben...
A
Bon ! Hé bien voilà, je l'ai voté, j'ai débattu, et je suis tombé d'accord. Cette loi, je l'ai promulguée. Et tu connais la sanction ? Hein, tu connais la sanction ?
B
Oui, je la connais.
A
Bien sûr que tu la connais, tu l'as écrite pendant que je te dictais : "Toute violation de cette règle démocratique sera sanctionné par une décision du Peuple".
Et oui et le Peuple, c'est qui ? C'est moi, non ?
B
Ben...
A
Bon ! Je suis le Peuple, comme tout le monde.
Alors, tu vas... heu... tu vas... Ah, voilà ! Au nom du Peuple, en réparation du préjudice causé par violation de la loi, tu va me donner tes chaussures. J'ai dit.
B se déchausse, tend ses chaussures à A. A regarde B avec réprobation, puis regarde les chaussures, marque un temps, prends les chaussures et les jette avec nonchalance.
A
Bien. File. Et n'oublie pas de prier le Peuple ce soir.
B
Merci Peuple.
B incline légèrement la tête en signe de respect, s'écarte de A, émet un sifflement, C arrive timidement, la tête baissée.
B frappe C derrière le crâne avec mépris, fait un signe de la main à son intention. C se déchausse, B mets les chaussures de C. Il partent, C suit B comme un petit chien, tête baissé.
NOIR
Économie de marché
de la relation humaine
Un philosophe donne une conférence sur l'économie de marché de la relation humaine. Ses deux cobayes en fond de scène, dans le noir, restent immobiles et stoïques jusqu'à leur avancée. Il adopterons une attitude plus fluide et naturelle au fur et à mesure de la scène.
Les trois protagonistes peuvent être hommes comme femmes sans aucune incidence.
Le philosophe
Comprenez vous ? La relation humaine est régie par la loi du marché. Il s'agit bien là d'offre et de demande.
Que m'offre cette personne en terme de qualité humaine par rapport à la demande que je formule pour satisfaire un échange équitable aux vues du produit humain que je constitue moi-même ? Par exemple :
Prenons ces deux personnes.
Deux personnes arrivent en même temps du fond de scène et s'arrêtent deux pas derrière le philosophe, tous deux face public.
Elles se rencontrent.
Les deux se font face.
A cette première étape, nos deux individus se jaugent, ils déterminent si cette altérité va être concurrente ou partenaire, cliente ou vendeuse. Si un accord peut-être conclu à première vue, les négociations vont être entamées.
Les deux cobayes se serrent la main, se sourient. Temps. Ils échangent un "bonjour" d'abord audible, puis se mettent à discuter en chuchotant, le public ne peut comprendre les mots qu'ils échangent. Ils restent immobiles, se serrant toujours la main et continuent de parler tout bas tout au long de la scène tandis que le philosophe reprend.
Chacun vente ses mérites et pose des questions à l'autre sur les produits qu'il propose.
(audible)
"-...plus qu'un plan cul.
-pareil."
Si les intérêts convergent effectivement, il conviendra alors de déterminer si ils peuvent chacun maximiser leurs profits. Il vont alors l'un et l'autre faire jouer la concurrence en faisant état de leurs chiffres d'affaires approximatifs et en évoquant leurs partenaires.
(audible)
"-environ une vingtaine, et je suis obligé(e) de refuser.
-deux, mais dont un pendant 9 ans. Ma situation est stable."
Alors une relation dite pré-contractuelle se noue. Parfois des promesses de ventes s'échangent. Mais en général, l'engagement n'est jamais pris, il faut faire des appels d'offres, calculer les coûts, faire un budget prévisionnel, informer et négocier avec les autres partenaires,
Les deux cobayes se sourient, se font les yeux doux, se rapprochent physiquement, sans toutefois qu'il n'y ai contact.
il faut en effet bien étudier les courbes de la bourse, établir une simulation sur plusieurs années, éventuellement débloquer un prêt pour réinvestir, tenter d'obtenir une subvention d'organisme public,
(audible)
"-je te paye un café ?
-on peut aller chez moi aussi..."
Sourires complices, caresses dans les cheveux, les mains glissent sur les épaules et peuvent éventuellement se rejoindre.
rédiger des avant-contrats, créer un cahier des charges, étudier les clauses une par une,
Les deux cobayes partent par là où ils sont arrivés, se tenant par la taille, et sortent de scène.
bien vérifier la situation juridique et économique du partenaire, prévoir un stock préservatif de capital, envisager toutes les possibilités, toutes les ouvertures de rentabilité, n'omettre aucun détail, engager des plénipotentiaires pour négocier en permanence, alors, peut-être un premier accord pourra être conclu.
Mais il n'est pas forcément annonciateur...
le philosophe se retourne et réalise que ses deux exemples sont partis ensemble.
...d'une relation plus en profondeur.
NOIR
Romantic time

"-Droit devant, si tu traverses l'océan, tu arrives grosso modo à New York.
-C'est vrai ?
-Ouaip. Un jour je t'emmènerais à New York.
-C'est vrai ?
-bah heu, j'dis ça comme ça quoi.
-Ah. Et là y'a quoi droit devant ?
-Ben là c'est plutôt Camaret-sur-mer... Pour le coup on peut y aller demain si tu veux..."
-C'est vrai ?
-Ouaip. Un jour je t'emmènerais à New York.
-C'est vrai ?
-bah heu, j'dis ça comme ça quoi.
-Ah. Et là y'a quoi droit devant ?
-Ben là c'est plutôt Camaret-sur-mer... Pour le coup on peut y aller demain si tu veux..."
à l'adresse
18.11.09
Il y a 4 ou 5 ans...
À la demande de Dana, que je reprends à mon compte, voilà 3 textes écrit il y a 4 ans, j'avais donc 16 ans (je ne retrouve pas d'écrits plus vieux finis). Il n'ont pas été retouchés depuis.
27/03/05
S'envoler, planer, divaguer,
Ne pas réfléchir et partir
Ne pas penser, rêver, gravir,
Atteindre le Mont-Liberté
Les vapeurs d'imagination
La chaleur de la solitude
Avec la mine d'un crayon
Donnent mots de non-certitudes
Et la divine créature,
Fille nue dont parlait Prévert
À voir sous toutes les coutures,
Superbe, gardez l'œil ouvert
Sans un grain d'imagination
Très peu auront la grande chance
D'entrevoir même un bout de hanche
Et connaîtront la frustration
22/12/05
Le premier banc avant la passerelle...
On avait rendez-vous devant le premier banc face au canal après la passerelle, rive gauche. Le but était clair. On devait mieux se connaître avant d'envisager la possibilité d'entrevoir un début de relation.
On était allé trop vite, pour elle, et elle préférait que l'on reprenne à zéro, sans griller trop d'étapes. Admettons. De toute façon, c'était ça ou rien.
On est en décembre, c'est le début de l'après-midi. Le ciel est sombre, un petit vent souffle incessamment, accompagné de rafales. Ces dernières font danser les quelques mèches qui ont échappé à l'élastique qui retient mes cheveux. Je suis assis sur ce banc, face au canal, le premier après la passerelle. J'essaie de me persuader que je suis calme et sûr de moi, mais au fond, je suis stressé. Et pas qu'un peu. Tendu de partout. Tellement que mes deux jambes battent un tempo d'environ 600 à la noire.
Je suis en avance. Je ne voulais pas. J'ai même essayé de traîner en chemin. J'ai pas pu. Une force me tirait en avant. Je crois qu'au fond je me disais que plus tôt je la verrai, mieux ça irait. D'accord, mais pour l'instant, j'attends, et je stresse. Et si elle ne venait pas ?
C'est bien son style. Enfin... En fait je n'en sais rien. C'est vrai qu'on se connaît peu.
Dans mon baladeur, tourne l'album "Either/Or" d'Elliott Smith. Je fume une cigarette roulée de Pall Mall, avec un filtre. Je regarde l'eau couler, dans un flux constant, sans surprises. parfois, je lève la tête et jette un regard autour de moi style "je-ne-suis-que- en-train-de-regarder-indifféremment-les-passants-passer"...mais, mon geste ralenti lorsqu'une rue derrière moi, un peu sur la gauche, entre dans mon champ de vision, la rue dans laquelle cohabitent un bon libraire et un magasin de musique, et surtout, la rue d'où elle devrait arriver.
Régulièrement, je baisse les yeux vers mon poignet droit que j'incline vers moi, me permettant de voir les minutes passer lentement.
Ce CD est décidément un "raviveur de souvenirs". La musique douce et mélancolique, feutrée, simple et authentique de ce musicien qui s'est suicidé il y a deux ou trois ans me rappelle pleins de...
-Salut !
Merde. Je ne l'ai pas vue arriver, je me suis fait surprendre.
-Eh ben, c'est pas trop tôt !
Tiens ! Prend ça !
-Mais... on avait pas dit 14h30 ?
Remerde,je me suis trahi : il est 14h29. J'aurai pas du arriver en avance.
-Ah ouais...Enfin euh... Si, si ! Excuse-moi ! Ca va ?
-Oui, très bien, et toi ? me répond-elle dans un rictus soupçonneux, limite moqueur.
Ouh là, quel rattrapage foireux. Heureusement, son sourire efface toute la gène. Comme ça. Un vrai don.
Elle porte un manteau marron assez long, un pantalon léger assez large, des chaussures beiges dont la semelle dépasse tout autour du pied, ce qui fait qu'on a l'impression qu'elles sont plates. À son poignet gauche, un bracelet en bois assez large, tandis que le droit reste nu.
Des anneaux de bois de bois noir lui décorent les oreilles. Ses longs cheveux bruns sont ramassés en une cuche assez lâche qui dégage sont visage. Son visage. Deux petits yeux perçant et rieurs, une petite bouche qui esquisse des sourires réconfortants, qui partagent de l'espoir et de la bonne humeur. Un petit nez, des petites oreilles, bref, un visage fin, qui dégage une image d'équilibre, de sérénité.
Elle fait presque une tête de moins que moi, mais j'ai l'impression d'être minuscule à côté d'elle.
J'ai prévu tout un programme, mais non, je vais faire comme si on allait improviser totalement. C'est plus romantique.
Je laisse se passer sans vagues les formules de politesse qui permettent de délier les langues, et même parfois d'engager une conversation (ça va super sympa ton bracelet et alors ton week-end génial moi j'ai pas bougé ton repas hier soir bon ton chien tu l'as enfin lavé et toi...) Bref, classique quoi.
Bon, prenons un air innocent :
-Alors, on fait quoi ?
J'essaie de poser cette question de telle façon que les rôles soient inversés, logiquement, c'est moi qui suis plutôt demandeur. Si mon stratagème (que je viens de trouver à l'instant) fonctionne, elle devrais être génée, et je pourrais alors lancer des propositions, sauver le truc, et prendre le dessus de la situation.
Bon, elle ne réagit pas, elle regarde l'eau couler. Relançons-la.
-Alors ?
-Ben, heu, chais pas... toi, qu'est ce que t'as envie de faire ? répond-t-elle en laissant son regard divaguer sur sur les différents éléments du paysage urbain qui nous entoure.
Ha ! Coincée, je l'ai eue ! Maintenant, le grand jeu.
-C'est à dire que, j'ai p'têt une ou deux petites idées... (ho le faux-cul ! Je m'épate moi-même). On pourrais aller se balader dans une rue piétonne, faire du lèche vitrine, boire un verre, manger une pâtisserie ou un truc comme ça. Sinon, on pourrais passer à la bibliothèque, où on pourra chercher des livres, chacun de notre côté, qui nous sont propres, et nous en lire des extraits ensuite, chuchotés à l'oreille. Ou alors y'a la cathédrale qui est sympa. Y'a aussi une expo, des photos d'Henri Cartier-Bresson. Après on verra. On peut tout faire, on peut n'en faire qu'une, et évidemment si tu veux, (ça peut être sympa), tu peux t'asseoir à côté de moi sur ce banc, t'allumer une clope, j'te la paye si tu veux, et regarder l'eau couler, et les pasants passer (j'ai sûrement des blagues que tu connais pas...).
-...
Là, je suis fier de moi. Elle ne sais plus trop quoi dire. Elle sourit, s'assoie à ma gauche et me tend la main. Je lui remet mon paquet de tabac avec mes feuilles et mes filtres qu'elle me rend.
-Non merci, pas de filtres.
-Bon...
Silence.
Elle est concentrée sur son roulage de cigarette. Moi, je regarde droit devant, dans le vague. J'écrase ce qu'il reste de ma roulée et, pour me donner un minimum de contenance, je me penche en avant, posant mes coudes sur mes cuisses et joignant mes mains entre mes genoux. Je jette quelques regards en coin vers elle, je ne sais même pas pourquoi. Je me fout de la façon dont elle roule. C'est peut-être juste pour vérifier qu'elle est toujours là. et pour la faire exister à travers mes yeux. Je suis sûr qu'elle sait très bien que je la regarde, qu'elle le sent à chaque coup d'oeil de ma part. Mais elle ne le dira pas, elle fera comme si de rien n'était.
Elle a finit de rouler son futur mégot, mais ne le met pas à la bouche. De nouveau, je tourne les yeux vers elle et cette fois-ci, elle me regarde. Elle me fixe même. De ses petits yeux qui cherchent quelque chose au fond de toi, de ce regard qui semble dire "Ah,toi alors!".
Elle sourit.
Je fais de même.
Je suis trop nul à ce jeu, je détourne donc les yeux et me roule une autre cigarette. Ben oui, je suis stressé...
Elle a allumé son bout de tabac serré dans cette fine feuille au bord collant.
Elle rit en me regardant.
Je l'interroge :
-Quoi ?
-Rien, laisse tomber.
-Si, tu ris ! Dis-moi pourquoi !
-Mais rien je te dit ! bafouille-t-elle dans un éclat de rire.
-Tu te fous de ma gueule, hein ?
-Mais non.
-Bon.
J'arrête là : je commence à rire à mon tour, je ne suis plus crédible.
Elle remet sa longue écharpe rouge en grosse laine d'un geste ample mais précis, et dis, sans même me regarder :
-Alors, qu'est ce qu'on fait finalement ?
Elle tire une taf, et recrache la fumée vers le haut, en avançant sa lèvre inférieure.
Je fais de même.
- On va se promener rue Kéréon.
Je me lève d'un bond, chope mon sac à dos et pars.
-Eh, mais attend ! s'exclame-t-elle coinçant sa cigarette entre ses lèvres et mettant son sac en bandoulière.
Elle me rejoint au milieu de la rue. Nous la traversons à grands pas, et ralentissons une fois sur le trottoir.
De nouveau elle me fixe en souriant. Je lui jette un regard style "fallait-bien-se-décider", ça la fait se marrer, et elle tire sur sa clope sans cesser de sourire.
Ca va être une bonne journée.
J'espère.
24/12/05
Marche au bord de la Marne
Il marche d'un pas lent mais sûr, en cette fin de février. Il suit le chemin qui borde la Marne, ce chemin sablonneux, encadré par de la verdure, gazon et arbres, d'un coté, et du canal de l'autre.
Il est 8h00 du matin, un sourire grandi lentement sur son visage. Il fait frais mais il aime ça, ça revigore dit-il. Il porte un blouson en velours bleu, que sa femme lui a offert pour ses 65 ans. Un bonnet protège le sommet de son crâne dégarni, il a les mains dans les poches. Une barbe poivre et sel, dense mais courte, lui réchauffe le bas de la figure.
Cette nuit, il s'est endormi léger, dans un sentiment de bonheur, et a profité d'un sommeil réparateur, il s'est réveillé aussi serein qu'il s'était couché.
Un filet de fumée due au froid s'échappe de sa bouche à chaque expiration. Toutes ses pensées se résument en une seule phrase qu'il se répète sans cesse depuis le coup de fil de son fils aîné, hier en soirée, après le repas.
-Allô ?
-Papa, c'est Julien.
-Comment vas-tu ?
-Bien bien. Très bien.
-Et Catherine ?
-Ben là, elle est à l'hosto.
-Hein ? Rien de grave au moins ?
-Papa, tu es grand-père, elle s'appelle Lise.
-...
-Papa ? Ca va ?
-Je...Je te passe ta mère.
Depuis cet appel, il est sur un petit nuage, et cette phrase qu'il se répète : je suis le grand-père de Lise, je suis le grand-père de Lise... Comme pour s'en persuader lui-même.
Cette nuit-là, il a fait l'amour à sa femme comme il ne l'avait pas fait depuis un bon moment.
Et il marche le long de la Marne, en cette fin de février. Il doit aller voir son fils et sa belle-fille à l'hôpital, et surtout rencontrer sa petite-fille, Lise.
Il est perdu. Un immense problème le travaille. C'est pour lui très important, et il ne trouve pas de solution parmi toutes les réponses possibles :
Qu'est ce qu'il va bien pouvoir offrir à sa petite-fille ?
J'ai fini par en retrouver un plus vieux :
19/10/04
De partout et d'ailleurs...
De partout et d'ailleurs, il s'en va, trimbalant son baluchon à travers les villes, les forêts, les pays, les contrées, messager de la liberté, il suit ses pas.
Il ne sait pas où il va ni qui il est sinon un voyageur de l'éternité. Nomade de la tête et des pieds, il rêve et marche régulièrement, ne s'arrêtant que pour regarder le peu de bonheur qu'il peut trouver lors de ses escales. Il ne s'appelle pas, il est, c'est tout et ça lui convient. Pas de conviction politique, il aime ceux qui l'aiment et survit grâce à ces derniers. Un inadapté du système mondial. Ses pas battent le tempo de sa musique intérieure, moteur de sa vie. Il incarne sans le savoir le rêve de beaucoup, et beaucoup son ses apôtres lointains sans même le connaître.
Il est le prophète de la vie. C'est lui qui, pendant ton sommeil occupe ton encéphale droit et te pousse à créer, à imaginer, à rêver.
Il est Dieu pour certains, le Père-Noël pour d'autres, la nature ou encore un fantasme, il est tout et rien, le messager de l'éternité.
27/03/05
S'envoler, planer, divaguer,
Ne pas réfléchir et partir
Ne pas penser, rêver, gravir,
Atteindre le Mont-Liberté
Les vapeurs d'imagination
La chaleur de la solitude
Avec la mine d'un crayon
Donnent mots de non-certitudes
Et la divine créature,
Fille nue dont parlait Prévert
À voir sous toutes les coutures,
Superbe, gardez l'œil ouvert
Sans un grain d'imagination
Très peu auront la grande chance
D'entrevoir même un bout de hanche
Et connaîtront la frustration
22/12/05
Le premier banc avant la passerelle...
On avait rendez-vous devant le premier banc face au canal après la passerelle, rive gauche. Le but était clair. On devait mieux se connaître avant d'envisager la possibilité d'entrevoir un début de relation.
On était allé trop vite, pour elle, et elle préférait que l'on reprenne à zéro, sans griller trop d'étapes. Admettons. De toute façon, c'était ça ou rien.
On est en décembre, c'est le début de l'après-midi. Le ciel est sombre, un petit vent souffle incessamment, accompagné de rafales. Ces dernières font danser les quelques mèches qui ont échappé à l'élastique qui retient mes cheveux. Je suis assis sur ce banc, face au canal, le premier après la passerelle. J'essaie de me persuader que je suis calme et sûr de moi, mais au fond, je suis stressé. Et pas qu'un peu. Tendu de partout. Tellement que mes deux jambes battent un tempo d'environ 600 à la noire.
Je suis en avance. Je ne voulais pas. J'ai même essayé de traîner en chemin. J'ai pas pu. Une force me tirait en avant. Je crois qu'au fond je me disais que plus tôt je la verrai, mieux ça irait. D'accord, mais pour l'instant, j'attends, et je stresse. Et si elle ne venait pas ?
C'est bien son style. Enfin... En fait je n'en sais rien. C'est vrai qu'on se connaît peu.
Dans mon baladeur, tourne l'album "Either/Or" d'Elliott Smith. Je fume une cigarette roulée de Pall Mall, avec un filtre. Je regarde l'eau couler, dans un flux constant, sans surprises. parfois, je lève la tête et jette un regard autour de moi style "je-ne-suis-que- en-train-de-regarder-indifféremment-les-passants-passer"...mais, mon geste ralenti lorsqu'une rue derrière moi, un peu sur la gauche, entre dans mon champ de vision, la rue dans laquelle cohabitent un bon libraire et un magasin de musique, et surtout, la rue d'où elle devrait arriver.
Régulièrement, je baisse les yeux vers mon poignet droit que j'incline vers moi, me permettant de voir les minutes passer lentement.
Ce CD est décidément un "raviveur de souvenirs". La musique douce et mélancolique, feutrée, simple et authentique de ce musicien qui s'est suicidé il y a deux ou trois ans me rappelle pleins de...
-Salut !
Merde. Je ne l'ai pas vue arriver, je me suis fait surprendre.
-Eh ben, c'est pas trop tôt !
Tiens ! Prend ça !
-Mais... on avait pas dit 14h30 ?
Remerde,je me suis trahi : il est 14h29. J'aurai pas du arriver en avance.
-Ah ouais...Enfin euh... Si, si ! Excuse-moi ! Ca va ?
-Oui, très bien, et toi ? me répond-elle dans un rictus soupçonneux, limite moqueur.
Ouh là, quel rattrapage foireux. Heureusement, son sourire efface toute la gène. Comme ça. Un vrai don.
Elle porte un manteau marron assez long, un pantalon léger assez large, des chaussures beiges dont la semelle dépasse tout autour du pied, ce qui fait qu'on a l'impression qu'elles sont plates. À son poignet gauche, un bracelet en bois assez large, tandis que le droit reste nu.
Des anneaux de bois de bois noir lui décorent les oreilles. Ses longs cheveux bruns sont ramassés en une cuche assez lâche qui dégage sont visage. Son visage. Deux petits yeux perçant et rieurs, une petite bouche qui esquisse des sourires réconfortants, qui partagent de l'espoir et de la bonne humeur. Un petit nez, des petites oreilles, bref, un visage fin, qui dégage une image d'équilibre, de sérénité.
Elle fait presque une tête de moins que moi, mais j'ai l'impression d'être minuscule à côté d'elle.
J'ai prévu tout un programme, mais non, je vais faire comme si on allait improviser totalement. C'est plus romantique.
Je laisse se passer sans vagues les formules de politesse qui permettent de délier les langues, et même parfois d'engager une conversation (ça va super sympa ton bracelet et alors ton week-end génial moi j'ai pas bougé ton repas hier soir bon ton chien tu l'as enfin lavé et toi...) Bref, classique quoi.
Bon, prenons un air innocent :
-Alors, on fait quoi ?
J'essaie de poser cette question de telle façon que les rôles soient inversés, logiquement, c'est moi qui suis plutôt demandeur. Si mon stratagème (que je viens de trouver à l'instant) fonctionne, elle devrais être génée, et je pourrais alors lancer des propositions, sauver le truc, et prendre le dessus de la situation.
Bon, elle ne réagit pas, elle regarde l'eau couler. Relançons-la.
-Alors ?
-Ben, heu, chais pas... toi, qu'est ce que t'as envie de faire ? répond-t-elle en laissant son regard divaguer sur sur les différents éléments du paysage urbain qui nous entoure.
Ha ! Coincée, je l'ai eue ! Maintenant, le grand jeu.
-C'est à dire que, j'ai p'têt une ou deux petites idées... (ho le faux-cul ! Je m'épate moi-même). On pourrais aller se balader dans une rue piétonne, faire du lèche vitrine, boire un verre, manger une pâtisserie ou un truc comme ça. Sinon, on pourrais passer à la bibliothèque, où on pourra chercher des livres, chacun de notre côté, qui nous sont propres, et nous en lire des extraits ensuite, chuchotés à l'oreille. Ou alors y'a la cathédrale qui est sympa. Y'a aussi une expo, des photos d'Henri Cartier-Bresson. Après on verra. On peut tout faire, on peut n'en faire qu'une, et évidemment si tu veux, (ça peut être sympa), tu peux t'asseoir à côté de moi sur ce banc, t'allumer une clope, j'te la paye si tu veux, et regarder l'eau couler, et les pasants passer (j'ai sûrement des blagues que tu connais pas...).
-...
Là, je suis fier de moi. Elle ne sais plus trop quoi dire. Elle sourit, s'assoie à ma gauche et me tend la main. Je lui remet mon paquet de tabac avec mes feuilles et mes filtres qu'elle me rend.
-Non merci, pas de filtres.
-Bon...
Silence.
Elle est concentrée sur son roulage de cigarette. Moi, je regarde droit devant, dans le vague. J'écrase ce qu'il reste de ma roulée et, pour me donner un minimum de contenance, je me penche en avant, posant mes coudes sur mes cuisses et joignant mes mains entre mes genoux. Je jette quelques regards en coin vers elle, je ne sais même pas pourquoi. Je me fout de la façon dont elle roule. C'est peut-être juste pour vérifier qu'elle est toujours là. et pour la faire exister à travers mes yeux. Je suis sûr qu'elle sait très bien que je la regarde, qu'elle le sent à chaque coup d'oeil de ma part. Mais elle ne le dira pas, elle fera comme si de rien n'était.
Elle a finit de rouler son futur mégot, mais ne le met pas à la bouche. De nouveau, je tourne les yeux vers elle et cette fois-ci, elle me regarde. Elle me fixe même. De ses petits yeux qui cherchent quelque chose au fond de toi, de ce regard qui semble dire "Ah,toi alors!".
Elle sourit.
Je fais de même.
Je suis trop nul à ce jeu, je détourne donc les yeux et me roule une autre cigarette. Ben oui, je suis stressé...
Elle a allumé son bout de tabac serré dans cette fine feuille au bord collant.
Elle rit en me regardant.
Je l'interroge :
-Quoi ?
-Rien, laisse tomber.
-Si, tu ris ! Dis-moi pourquoi !
-Mais rien je te dit ! bafouille-t-elle dans un éclat de rire.
-Tu te fous de ma gueule, hein ?
-Mais non.
-Bon.
J'arrête là : je commence à rire à mon tour, je ne suis plus crédible.
Elle remet sa longue écharpe rouge en grosse laine d'un geste ample mais précis, et dis, sans même me regarder :
-Alors, qu'est ce qu'on fait finalement ?
Elle tire une taf, et recrache la fumée vers le haut, en avançant sa lèvre inférieure.
Je fais de même.
- On va se promener rue Kéréon.
Je me lève d'un bond, chope mon sac à dos et pars.
-Eh, mais attend ! s'exclame-t-elle coinçant sa cigarette entre ses lèvres et mettant son sac en bandoulière.
Elle me rejoint au milieu de la rue. Nous la traversons à grands pas, et ralentissons une fois sur le trottoir.
De nouveau elle me fixe en souriant. Je lui jette un regard style "fallait-bien-se-décider", ça la fait se marrer, et elle tire sur sa clope sans cesser de sourire.
Ca va être une bonne journée.
J'espère.
24/12/05
Marche au bord de la Marne
Il marche d'un pas lent mais sûr, en cette fin de février. Il suit le chemin qui borde la Marne, ce chemin sablonneux, encadré par de la verdure, gazon et arbres, d'un coté, et du canal de l'autre.
Il est 8h00 du matin, un sourire grandi lentement sur son visage. Il fait frais mais il aime ça, ça revigore dit-il. Il porte un blouson en velours bleu, que sa femme lui a offert pour ses 65 ans. Un bonnet protège le sommet de son crâne dégarni, il a les mains dans les poches. Une barbe poivre et sel, dense mais courte, lui réchauffe le bas de la figure.
Cette nuit, il s'est endormi léger, dans un sentiment de bonheur, et a profité d'un sommeil réparateur, il s'est réveillé aussi serein qu'il s'était couché.
Un filet de fumée due au froid s'échappe de sa bouche à chaque expiration. Toutes ses pensées se résument en une seule phrase qu'il se répète sans cesse depuis le coup de fil de son fils aîné, hier en soirée, après le repas.
-Allô ?
-Papa, c'est Julien.
-Comment vas-tu ?
-Bien bien. Très bien.
-Et Catherine ?
-Ben là, elle est à l'hosto.
-Hein ? Rien de grave au moins ?
-Papa, tu es grand-père, elle s'appelle Lise.
-...
-Papa ? Ca va ?
-Je...Je te passe ta mère.
Depuis cet appel, il est sur un petit nuage, et cette phrase qu'il se répète : je suis le grand-père de Lise, je suis le grand-père de Lise... Comme pour s'en persuader lui-même.
Cette nuit-là, il a fait l'amour à sa femme comme il ne l'avait pas fait depuis un bon moment.
Et il marche le long de la Marne, en cette fin de février. Il doit aller voir son fils et sa belle-fille à l'hôpital, et surtout rencontrer sa petite-fille, Lise.
Il est perdu. Un immense problème le travaille. C'est pour lui très important, et il ne trouve pas de solution parmi toutes les réponses possibles :
Qu'est ce qu'il va bien pouvoir offrir à sa petite-fille ?
J'ai fini par en retrouver un plus vieux :
19/10/04
De partout et d'ailleurs...
De partout et d'ailleurs, il s'en va, trimbalant son baluchon à travers les villes, les forêts, les pays, les contrées, messager de la liberté, il suit ses pas.
Il ne sait pas où il va ni qui il est sinon un voyageur de l'éternité. Nomade de la tête et des pieds, il rêve et marche régulièrement, ne s'arrêtant que pour regarder le peu de bonheur qu'il peut trouver lors de ses escales. Il ne s'appelle pas, il est, c'est tout et ça lui convient. Pas de conviction politique, il aime ceux qui l'aiment et survit grâce à ces derniers. Un inadapté du système mondial. Ses pas battent le tempo de sa musique intérieure, moteur de sa vie. Il incarne sans le savoir le rêve de beaucoup, et beaucoup son ses apôtres lointains sans même le connaître.
Il est le prophète de la vie. C'est lui qui, pendant ton sommeil occupe ton encéphale droit et te pousse à créer, à imaginer, à rêver.
Il est Dieu pour certains, le Père-Noël pour d'autres, la nature ou encore un fantasme, il est tout et rien, le messager de l'éternité.
à l'adresse
14.11.09
Awesome blogger
Saravati m'a tagué en m'attribuant un :

Je la remercie chaleureusement, et, bien qu'étant je l'avoue quelque peu réticent au principe de chaîne du tag, j'y réponds, parce que c'est Saravati.


Les règles sont de publier ce fameux "awesome blogger", c'est fait, de remercier la personne tagueuse, c'est fait, dire 7 choses que les lecteurs ne savent pas sur le tagué (moi :-)), ça c'est en dessous, et enfin, taguer 7 autres blogueurs, cela je ne le ferais pas, pour la raison évoquée plus haut, et parce que je ne vois pas trop qui taguer plus qu'un autre, je vous invite donc chaleureusement, si ce n'est déjà fait, à cliquer sur les liens à droite, oui tous, et à vous ravir.
Voilà donc mes 7 secrets de ouf malade :
1-J'ai une luette bifide, (mais la mienne est bien plus belle que celle de la photo), c'est une dysmorphie craniofaciale, une composante du Syndrome 3C ou Dysplasie cranio-cérébello-cardiaque ou Syndrome de Ritscher-Schinzel. Le gène en cause en inconnu. Mais ça fait pas mal. Et ne m'empêche pas de boire cul-sec. Tout va bien.
2-Seule ma luette est bifide...
3-Les accords 7 5+ et le mode lydien peuvent m'amener à l'érection. Rien à voir avec la luette.
4-J'aime les petits seins. Et le jus d'ananas.
5-Mon petit frère est plus grand que moi. Il n'a pas de luette bifide.
6-Je suis metteur en scène d'une compagnie amateur (en voie de
professionnalisation -on touche du bois) de spectacle vivant.
7-Je suis capable de m'auto-flatter, et d'en sourire, tout seul, dans ma chambre. Mais je me soigne.

Je la remercie chaleureusement, et, bien qu'étant je l'avoue quelque peu réticent au principe de chaîne du tag, j'y réponds, parce que c'est Saravati.


Les règles sont de publier ce fameux "awesome blogger", c'est fait, de remercier la personne tagueuse, c'est fait, dire 7 choses que les lecteurs ne savent pas sur le tagué (moi :-)), ça c'est en dessous, et enfin, taguer 7 autres blogueurs, cela je ne le ferais pas, pour la raison évoquée plus haut, et parce que je ne vois pas trop qui taguer plus qu'un autre, je vous invite donc chaleureusement, si ce n'est déjà fait, à cliquer sur les liens à droite, oui tous, et à vous ravir.Voilà donc mes 7 secrets de ouf malade :
1-J'ai une luette bifide, (mais la mienne est bien plus belle que celle de la photo), c'est une dysmorphie craniofaciale, une composante du Syndrome 3C ou Dysplasie cranio-cérébello-cardiaque ou Syndrome de Ritscher-Schinzel. Le gène en cause en inconnu. Mais ça fait pas mal. Et ne m'empêche pas de boire cul-sec. Tout va bien.
2-Seule ma luette est bifide...
3-Les accords 7 5+ et le mode lydien peuvent m'amener à l'érection. Rien à voir avec la luette.
4-J'aime les petits seins. Et le jus d'ananas.
5-Mon petit frère est plus grand que moi. Il n'a pas de luette bifide.
6-Je suis metteur en scène d'une compagnie amateur (en voie de
professionnalisation -on touche du bois) de spectacle vivant.
7-Je suis capable de m'auto-flatter, et d'en sourire, tout seul, dans ma chambre. Mais je me soigne.
à l'adresse
10.11.09
Flash back track
Je cherchais un CD. Un CD en particulier, de ceux que l'on a envie d'écouter à un moment précis sans bien savoir pourquoi, mais sur lequel on ne peut mettre la main. Je cherchais et cherchais encore, pendant de longues minutes, m'arrêtant net, le nez en l'air, les bras ballants, creusant ma mémoire, puis, sous l'effet d'une fausse lueur, vidant un tiroir, quand je suis tombé dessus. Pas sur celui tant espéré, non, cela ne se passe jamais ainsi. Inscrit sur ce qui fut un disque vierge, un nom d'artiste puis un nom d'album tracés au marqueur, par ma main alors encore adolescente.
J'entrepris de compter les années qui me séparaient de ma dernière vision de ces traits noirs maladroitement soulignés sur le brillant du support, en vain. Non pas que ces années soient trop nombreuses, mais c'est que l'effort de passage par tant de souvenirs enfouis, refoulés pour certains, intrigants pour d'autres, pour atteindre la date visée me paru trop difficile, trop lourd, et surtout, je n'en avais absolument pas l'envie.
Je marquai un temps.
Je me relevai, et fit glisser l'objet dans la fente de mon ordinateur.
Les premières notes me firent tomber à la renverse sur mon lit, les yeux fermés, et les images surgirent. Plus de décompte d'années à la façon de ceux qui ont tant vécu qu'il doivent s'en assurer, plus aucun effort de remémoration. Les choses se passèrent malgré moi. Ma chambre citadine d'étudiant se transforma en piaule rurale d'adolescent rebelle, mes idées consensuelles, mes réflexions réfléchies, mes remises en questions apaisées disparurent pour de nouveau laisser place à un bouillonnement, à une forme de colère, à un rêve léger et porteur mais parfois lourd à porter. Mes cheveux poussèrent, beaucoup, et ma barbe naissante devint sébum et autres excroissances indésirables.
Je retrouvai d'un coup, violent, sévère, mais nostalgique et presque ironique, mes 15 ans.
Un skateboard en deux morceaux vint orner mon mur, ainsi que des posters en tous genres, quelques groupes de métal hurlant, mais surtout Nirvana, Led Zeppelin, Renaud, Ben Harper (cherchez l'intrus...). Je revisitai mes problématiques d'alors, mes amours, déceptions et événements forts, mes premiers joints, ou mes vifs excès de voix à l'encontre de ma pauvre mère qui avait à mes yeux l'impardonnable défaut de pouvoir me parler.
J'écrivais dans un cahier et sur des feuilles volantes des textes tantôt vengeurs, tantôt fleur bleue, et m'abandonnais en élans poétiques incontrôlés, en totale osmose avec ma guitare trouée.
Et le morceau se finit. Les instruments se turent. J'ouvris les yeux sur le plafond désespérément blanc de mon appartement solitaire.
Je tournai la tête sur le côté et tomba sur le poster représentant la fameuse guitare brûlée par les soins de Jimi Hendrix.
J'ai fait crier Janis Joplin dans les enceintes, j'ai ouvert une bière, roulé un clope.
Un sourire naquit : il y a 5 ans, je n'osais même pas espérer mener ma vie actuelle.
à l'adresse
7.11.09
Tranche de vie
Découvrez la playlist Hide and Seek avec Joshua Redman
Il a fait beau toute la journée, et j'ai pas bougé de chez moi.
Maintenant, j'ai un rendez vous en ville, et un épais brouillard est tombé.
Joshua Redman se déchaîne dans mes enceintes. Lumières indirectes comme j'aime, bière, clope. Le pied.
Une solitude choisie, et appréciée. Une présence féminine aurait pu coller au tableau, mais seulement si elle boit de la bière, et ne râle pas contre la fumée de cigarette. Bon, et si elle sait quand un solo de Redman est suffisamment bon pour qu'il faille se taire, je prends. Si elle me fait taire pour un meilleur solo de Redman, je paye.
Ma contrebasse est vautrée au beau milieu de ma piaule. Elle me lance ce regard de reproche qui lui sied si bien, me faisant comprendre qu'il m'est nécessaire de choisir : soit je la joue, soit je la range. Je sens qu'elle n'est pas à son aise, là. Mais je l'y laisse, pour la photo.
Une douce nostalgie me prend. De celles que l'on m'a récemment décrite comme aimant la solitude. De celles qui font briller les yeux sans pour autant pleurer, sourire sans pour autant rire. De celles dans lesquelles on peut aisément se complaire, et d'où l'on ne sort généralement que par obligation.
J'esquisse un mouvement pour me lever de mon fauteuil. Et puis non. À quoi bon ?
Voilà qu'il pleut à torrent. Faut que je parte dans dix minutes.
Chaussures, blouson, bonnet, thunes, clés, clopes. Je suis prêt. Je jette un dernier regard à ma piaule et à cette ambiance que je quitte alors pour le froid et l'humidité. Sourire.
Je coupe tout, lumière, musique, ordinateur.
Allez, c'est parti.
à l'adresse
4.11.09
Pour P_o_L
Je réponds donc à ton commentaire par un post. Cette phrase que tu voulais m'emprunter me vient, avec d'autres, d'une expo à la Biennale d'art contemporain de Rennes en juin 2008. Une des œuvres était en partie constituée de phrases affichées sur panneaux dont certaines m'ont beaucoup plu. Il s'avère que l'on pouvait en récupérer, lesquelles sont aujourd'hui affichées dans mon appart :



A priori, je peux donc te la prêter ! ;-)
Malheureusement, je ne parviens pas, malgré recherches, à retrouver le nom de l'artiste, c'est un de ceux-là...
A priori, je peux donc te la prêter ! ;-)
Malheureusement, je ne parviens pas, malgré recherches, à retrouver le nom de l'artiste, c'est un de ceux-là...
à l'adresse
2.11.09
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