1° Plutôt corne ou marque page ?
2° As-tu déjà reçu un livre en cadeau ?
3° Lis-tu dans ton bain ?
4° As-tu déjà pensé à écrire un livre ?
5° Que penses-tu des séries à plusieurs tomes ?
6° As-tu un livre culte ?
7° Aimes-tu relire ?
8° Rencontrer ou ne pas rencontrer les auteurs des livres qu’on a aimés ?
9° Aimes-tu parler de tes lectures ?
10° Comment choisis-tu tes livres ?
11° Une lecture inavouable ?
12° Des endroits préférés pour lire ?
13° Un livre idéal pour toi serait ?
14° Lire par-dessus l’épaule ?
15° Télé, jeux vidéos et livres ?
16° Lire et manger ?
17° Lecture en musique, en silence, peu importe ?
18° Lire un livre électronique ?
19° Livres empruntés ou livre achetés ?
20° Quel est le livre que tu lis actuellement et quel sera le prochain ?
21° As-tu déjà abandonné la lecture d’un livre ?
1°
2h54
Je sens que je m'endors. Je vois les lignes de mon bouquin en double. Je corne machinalement ma page, tout en sachant que je ne me souviendrais pas des 3 dernières que je viens de lire. Les yeux déjà fermés, je laisse tomber Hemingway à côté de mon lit, et cherche en aveugle l'interrupteur de ma lampe de chevet.
2°
Voilà.
J'étais sur le point de partir.
J'avais passé une fort agréable après-midi chez celle qui fut un point d'encrage, une référence, dans mon adolescence. Nous avions longuement échangé, sur moi, sur elle, sur mes lectures, sur mes écrits, sur ses élèves.
Voilà. Les obligation m'appelaient alors, et je me devais de partir.
Ce fut agréable mais nous sentions que la revoyure allait se faire attendre et que nous ne nous étions pas tout dit. Je ne sais pas si elle l'avais prévu, ou si elle le fait souvent comme elle le dit, mais elle eu cette idée de m'offrir un livre. "Autoportrait au radiateur", de Christian Bobin. Voilà. En un sens, et je ne sais pas si elle le voyais ainsi, moi pas, à ce moment en tout cas, mais nous allions réussir, par le biais si fin des mots ouverts en espaces pourtant souvent clos de Bobin, finir nos discussions, raconter, en commençant pour une fois par le fond, le profond des choses, tout ce que nous avions alors encore à nous dire. Le beau, que c'est lorsque je la rencontrai de nouveau, bien plus tard comme anticipé, tout fut à reprendre : nous eumes plus encore à nous dire et à non-dire, puisqu'il fallait repartir de là où nous en étions resté mais où tout avait gonflé, tout s'était approfondit, et surtout, tellement de nouveaux noeuds pour autant de nouveaux fils tissés. Cette seconde fois, nous n'échangeâmes pas de livres. Mais cela arrivera encore, je n'en doute pas une seconde. Voilà.
3°
Ma baignoire est toute petite. Je suis plutôt grand. Plutôt, parce que c'est surtout du à mon physique maigrichon qui me confère une silhouette longiligne."Ma carte à jouer" qu'elle m'appelait ma mère. N'empêche que ma baignoire est petite. Trop petite. Et c'est une vieille baignoire. L'émail est bouffé sur tout le pourtour intérieur, et le rideau de douche est décoré de petits dauphins remplis d'une liquide bleuâtre tentant sûrement de rappeler leur côté marin, mais qui a aujourd'hui pourri de l'intérieur et le bleuâtre a tourné marronâtre. Du coup les bains sont peu fréquents. Il m'arrive cependant d'en prendre un de temps à autre après une dure journée. Vin, cigarette, jazz et un bouquin sont alors mes compagnons. Je jongle maladroitement avec ces éléments car il faut entendre la musique qui vient de ma chambre sans que le volume ne soit trop fort et qu'il me gêne dans ma lecture, il faut que mon cendrier soit à portée de main tout comme le verre de vin et une gorgée, une taf, 2 pages, une taf, une gorgée... le tout sans renverser de vin ni de cendre et sans mouiller ma clope ni mon livre. Ma baignoire étant de taille réduit, le tout se fait dans un exercice de contorsionniste frisant parfois le ridicule.
Ainsi, je prends peu de bain. Et j'y lit encore moins.
4°
Ecrire un livre c'est
du temps
de la patience
de l'organisation d'idées
une capacité de développement sur la durée
une force d'abnégation
accepter un sacerdoce
et une profonde envie, peut-être même un besoin.
Ecrire un livre c'est
au moins tout ça.
Autant de choses
que je n'ai pas.
5°, 8°, 13°, 16°
Je n'ai strictement aucun avis sur les blondes, sur le livre idéal, sur le port du voile dans la rue, sur le port de chaussettes avec sandales, sur la cuisson des pâtes et de la viande, mais je préfère le poisson cuit, sur la coiffure de ma prof de français de 1ère, mais celle de seconde était ignoble, sur les marques de voitures, sur le fait de rencontrer un auteur, sur les nains de jardins, mais je trouve le prénom "Serge" hilarant, sur le loffe ou l'abaté en surpuissance au grand large, sur les hommes à moustache, sur les livres en plusieurs tomes, sur les produit d'hygiène sanitaire, sur la mort de Michael Jackson, sur l'assaisonnement de salades, sur les attentats du 11 septembre 2001, sur les séchoirs des toilettes publiques, ni sur le fait de lire et manger en même temps.
Mais je me soigne.
Brune éphémère
Je suis à bord d'un bateau service publique du Conseil général du Finistère très bruyant qui permet la traversée de Ouessant à Brest.
Nous nous sommes arrêté à Molène pour prendre quelques passagers. Une jeune femme s'est assise sur la rangée de siège qui fait face à la mienne, jusqu'alors totalement libre. Elle m'a jeté un regard oblique mais tout à fait neutre. A t-elle choisi sa place au hasard ? M'avait-elle repéré avec mon ordinateur sur mes genoux et mes écouteur vissées aux oreilles ? Elle s'est assise, les jambes croisées, le visage toujours aussi neutre, quoique tirant un tantinet vers le grave. Elle a sorti ses écouteurs, a regardé l'heure sur son téléphone. Temps. Je l'observe par coups d'œil discrets sur le côté, mon portable m'offrant une couverture idéale.
Elle a enlevé ses chaussures et sa veste.
Elle s'allonge sur le côté en position fœtale, occupant deux sièges et demi, et s'endort.
Je peux alors la regarder à loisir, la contempler à ma guise, l'analyser comme bon me semble. Elle porte de petites chaussettes d'un vert très pâle, son jean bleu, très simple est remonté en ourlets jusqu'aux genoux, laissant apparaître de fins mollets très joliment désignés. Un débardeur mauve assez moulant permet de deviner que ses magnifiques petits seins ne sont entravés par aucun soutien-gorge. Elle est brune avec quelques reflets châtains. Son teint est mat mais je peux voir un peu de l'intérieur de son bras droit bien plus clair. Le reste du bronzage ainsi décelé est plutôt homogène. Elle porte un collier et des bracelets en bois mais tous de couleurs différentes.
Elle semble maintenant dormir profondément malgré le roulis et le bruit conséquent du moteur. Le nez est très légèrement relevé, au bout. Sa bouche est assez large mais les lèvres sont fines. Ses sourcils très noirs lui confèrent un regard, disons, profond.
On arrive au Conquet. Elle se réveille, se frotte les yeux, se rassoit.
Je n'arrive pas à lui donner d'âge. Elle doit avoir entre 18 et 25 ans. Il m'est impossible d'être plus précis. Elle fait une petite moue et regarde les milles de mer plate, comme désabusée.
Visiblement, elle ne sortira pas au Conquet. Elle est toujours assise, les jambes recroquevillées sur son ventre et n'a pas remis ses chaussures.
Sévère, c'est plutôt cela, elle a un regard sévère.
Elle a un bracelet du festival des Vieilles Charrues au poignet droit, sous son bracelet peint en jaune.
Le bateau repart pour Brest.
Elle remet sa petite veste noire, et ses chaussures.
Elle est partie. S'installer ailleurs peut-être.
Je la retrouverais une petite heure plus tard, sur le bord de la route attenante à l'embarcadère, assise sur son sac. Elle refusera, concise, ma proposition de la déposer quelque part en ville.
Nous nous sommes arrêté à Molène pour prendre quelques passagers. Une jeune femme s'est assise sur la rangée de siège qui fait face à la mienne, jusqu'alors totalement libre. Elle m'a jeté un regard oblique mais tout à fait neutre. A t-elle choisi sa place au hasard ? M'avait-elle repéré avec mon ordinateur sur mes genoux et mes écouteur vissées aux oreilles ? Elle s'est assise, les jambes croisées, le visage toujours aussi neutre, quoique tirant un tantinet vers le grave. Elle a sorti ses écouteurs, a regardé l'heure sur son téléphone. Temps. Je l'observe par coups d'œil discrets sur le côté, mon portable m'offrant une couverture idéale.
Elle a enlevé ses chaussures et sa veste.
Elle s'allonge sur le côté en position fœtale, occupant deux sièges et demi, et s'endort.
Je peux alors la regarder à loisir, la contempler à ma guise, l'analyser comme bon me semble. Elle porte de petites chaussettes d'un vert très pâle, son jean bleu, très simple est remonté en ourlets jusqu'aux genoux, laissant apparaître de fins mollets très joliment désignés. Un débardeur mauve assez moulant permet de deviner que ses magnifiques petits seins ne sont entravés par aucun soutien-gorge. Elle est brune avec quelques reflets châtains. Son teint est mat mais je peux voir un peu de l'intérieur de son bras droit bien plus clair. Le reste du bronzage ainsi décelé est plutôt homogène. Elle porte un collier et des bracelets en bois mais tous de couleurs différentes.
Elle semble maintenant dormir profondément malgré le roulis et le bruit conséquent du moteur. Le nez est très légèrement relevé, au bout. Sa bouche est assez large mais les lèvres sont fines. Ses sourcils très noirs lui confèrent un regard, disons, profond.
On arrive au Conquet. Elle se réveille, se frotte les yeux, se rassoit.
Je n'arrive pas à lui donner d'âge. Elle doit avoir entre 18 et 25 ans. Il m'est impossible d'être plus précis. Elle fait une petite moue et regarde les milles de mer plate, comme désabusée.
Visiblement, elle ne sortira pas au Conquet. Elle est toujours assise, les jambes recroquevillées sur son ventre et n'a pas remis ses chaussures.
Sévère, c'est plutôt cela, elle a un regard sévère.
Elle a un bracelet du festival des Vieilles Charrues au poignet droit, sous son bracelet peint en jaune.
Le bateau repart pour Brest.
Elle remet sa petite veste noire, et ses chaussures.
Elle est partie. S'installer ailleurs peut-être.
Je la retrouverais une petite heure plus tard, sur le bord de la route attenante à l'embarcadère, assise sur son sac. Elle refusera, concise, ma proposition de la déposer quelque part en ville.
à l'adresse
5.7.09
Elise
(recyclage...)
J'arpentais laborieusement les allées de carrelage blanchâtre éclairé par les néons blafards du supermarché. Je hais faire les courses. Je tentais de me remémorer ce qui aurait dû figurer sur la liste que je n'avais pas faite, une fois de plus. Je vis seul, et pourtant je ne parviens pas à savoir ce que je mange.
J'ai tourné à droite et me suis engouffré dans le rayon petit-déjeuner.
C'est là que je suis tombé nez à nez avec Elise. Je hais rencontrer des gens quand je fais les courses.
Elise est étudiante en droit. Une putain de juriste à la con. Comme moi.
Il me semble qu'elle veut être commissaire ou un truc approchant. Elise est du genre 1ère de la classe, décontractée mais pédante, le menton haut, le buste légèrement bombé, le regard condescendant, supérieur. Mais elle a ce paradoxal côté très relax. Un petit cul, de tous petits seins, fine, vive, tout ce que j'aime.
Elise ne sort pas souvent. Mais quand elle sort, elle va en boite et se ruine la gueule à la vodka. Mis à part son goût pour les boites de nuit, elle me plaisait.
On s'est fait la bise et avons entamé une passionante discussion à propos de la fac. Elle s'est plaint de la médiocrité de nos enseignants, elle en avait marre, il étaient « trop naze » disait-elle.
J'acquiesais bêtement.
Puis elle m'a lancé, tous sourires, sur nos examens, et sur mon job d'été. J'ai répondu vaguement « ça devrait aller », ce qui vallait pour les deux, sans lui retourner la question. Elle s'est plaint de nouveau, pour la forme, et m'a souhaité une bonne soirée avant de tourner les talons, comme ça, sans transition.
Je suis resté là, avec mon paquet de 5 tablettes de chocolat à moins d'1 euro, imaginant qu'elle aurait pu me proposer de passer chez elle boire un thé, qu'on aurait baisé peut-être, puis que moi je lui aurais souhaité une bonne soirée. Je crois décidement que c'est le genre de truc qui ne m'arrivera jamais.
Je suis finalement sorti de la grande surface, me suis roulé une clope et l'ai allumée.
C'est là qu'une chape de plomb m'est tombé sur le cerveau.
Celle que j'aimais était loin de moi, plus que jamais. Je l'avais perdue, sans pouvoir m'en détacher.
Je n'étais qu'un pauvre con parmi les autres, planté devant un supermarché, seul, et triste.
J'arpentais laborieusement les allées de carrelage blanchâtre éclairé par les néons blafards du supermarché. Je hais faire les courses. Je tentais de me remémorer ce qui aurait dû figurer sur la liste que je n'avais pas faite, une fois de plus. Je vis seul, et pourtant je ne parviens pas à savoir ce que je mange.
J'ai tourné à droite et me suis engouffré dans le rayon petit-déjeuner.
C'est là que je suis tombé nez à nez avec Elise. Je hais rencontrer des gens quand je fais les courses.
Elise est étudiante en droit. Une putain de juriste à la con. Comme moi.
Il me semble qu'elle veut être commissaire ou un truc approchant. Elise est du genre 1ère de la classe, décontractée mais pédante, le menton haut, le buste légèrement bombé, le regard condescendant, supérieur. Mais elle a ce paradoxal côté très relax. Un petit cul, de tous petits seins, fine, vive, tout ce que j'aime.
Elise ne sort pas souvent. Mais quand elle sort, elle va en boite et se ruine la gueule à la vodka. Mis à part son goût pour les boites de nuit, elle me plaisait.
On s'est fait la bise et avons entamé une passionante discussion à propos de la fac. Elle s'est plaint de la médiocrité de nos enseignants, elle en avait marre, il étaient « trop naze » disait-elle.
J'acquiesais bêtement.
Puis elle m'a lancé, tous sourires, sur nos examens, et sur mon job d'été. J'ai répondu vaguement « ça devrait aller », ce qui vallait pour les deux, sans lui retourner la question. Elle s'est plaint de nouveau, pour la forme, et m'a souhaité une bonne soirée avant de tourner les talons, comme ça, sans transition.
Je suis resté là, avec mon paquet de 5 tablettes de chocolat à moins d'1 euro, imaginant qu'elle aurait pu me proposer de passer chez elle boire un thé, qu'on aurait baisé peut-être, puis que moi je lui aurais souhaité une bonne soirée. Je crois décidement que c'est le genre de truc qui ne m'arrivera jamais.
Je suis finalement sorti de la grande surface, me suis roulé une clope et l'ai allumée.
C'est là qu'une chape de plomb m'est tombé sur le cerveau.
Celle que j'aimais était loin de moi, plus que jamais. Je l'avais perdue, sans pouvoir m'en détacher.
Je n'étais qu'un pauvre con parmi les autres, planté devant un supermarché, seul, et triste.
à l'adresse
25.6.09
Cliché de verre
François rentra l'imposant chien qui flânait dans la cour le museau en l'air, fit chauffer le poêle, s'assit à son petit bureau rafistolé récupéré à la décharge du coin et, dans la pénombre, s'immobilisa. Il ferma les yeux, comme pour parfaire l'obscurité, puis laissa ses pensées s'échapper. Et les voilà qui batifolèrent dans les méandres plus et moins heureux du passé, et remontèrent jusqu'à la maison familiale de son enfance, du temps où l'aîné de la fratrie faisait la guerre en Algérie.
Il faisait alors chaud et bon vivre au sein de cette famille, l'une des plus prospères du patelin.
Il se souvint des trois étages grouillant de monde, des slaloms entre les employés qui travaillaient au rez de chaussé, des intrusions espionnes dans le bureau maternel, lieu de chiffres, de comptes, mais aussi bureau des réclamations, pour les salariés comme pour les enfants. Jeanne, une employée, leur glissait toujours quelques francs dans la poche contre un regard suppliant et un petit sourire à peine caché, et toujours, elle leur répétait d'un ton qui se voulait sévère de ne rien dire à la patronne. Un léger rire lui échappa tandis qu'il se rappelait les assauts des marches sur ses fesses roses lorsqu'il les dévalait sur des cartons entre le troisième et le second étage sous les cris inquiets de la nourrice.
Il était le benjamin des 7 frères et sœurs, le chouchou des parents, la caution manipulée des aînés. Sauf pour Pierre, son frère le plus proche. Avec lui, il faisait toutes les bêtises possibles, s'inspirant des plus grands. Ils avaient tenté d'imiter le cadet, Jacques, qui creusait des trous dans le sable de la plage qu'il remplissait de sable meuble, juste là où pouvaient passer les voitures. Dès qu'une auto s'y embourbait, Jacques et sa bande sortaient miraculeusement des dunes avec des pelles et aidaient les touristes malchanceux contre quelque rémunération. Mené par les plus jeunes, le stratagème s'était fini au poste de police.
Soudain, le père fit son entrée dans ces remémorations. Le père absent, au verbe rare, à l'aura imposante, pensif, doux, semblant indifférent. Ce père respecté, connu dans la région, qui pouvait en un regard faire sortir la mère de son bureau sans qu'elle n'émette la moindre protestation, pour s'entretenir longuement avec Pierre Jakez Helias ou un autre intellectuel local. Ses haussements de voix étaient si rares que quand ils se produisaient, aussi légers soient-ils, cela faisaient tomber un lourd silence sur tout le bâtiment. Ce père qui paraissait si éloigné, n'avait qu'à passer une main dans les cheveux de François pour qu'il tremble d'émotion.
Il se rappela ce jour, pas si lointain, où suite à un lourd chagrin d'amour, il s'était malgré lui effondré en larmes dans les bras du paternel, et, quand sa mère les avaient trouvés ainsi enlacés, on ne savait plus pourquoi les larmes coulaient, ni lequel des deux consolait l'autre tellement l'émotion de ces rares contacts physiques était forte.
Son père, c'était aussi les après-midi d'été à la plage, à deux voitures, pour pouvoir emmener tout le monde, qui se finissaient toujours en séance de travail pour le chef de famille, qui ne pouvait résister à ces paysages bretons qui avaient fait sa renommée.
Il était photographe. Le grand-père de François était déjà dans la profession, et c'est dans l'art de manier l'objectif, dans le travail du cliché de verre que la famille avait connu le succès.
Le père de François emmenait parfois les garçons avec lui arpenter les côtes de Camaret, du Cap Sizun ou de Douarnenez, à la recherche d'une vue, d'une lumière, d'un calvaire, d'une bigoudenne sur la plage. Il répétait sans cesse que l'appareil n'est rien. Le support n'est qu'un outil comme un autre, l'art de la photographie, c'est le regard. Même le cadrage, la lumière, tout cela n'est que secondaire. Seul la qualité de regard compte, l'art est là.
C'est ainsi qu'il avait trouvé, sur la côte de la baie de Douarnenez, ce qui avait ensuite été appelé « la baie de Naples ». Un angle de vue particulier entre falaise plage ciel et mer qui suggérait fortement la baie de la métropole italienne. Un bâtiment municipal de la petite ville touristique du sud Finistère avait même été rasée pour dégager cette vue au public.
Gwin-du, le Dog-allemand, vautrée près du poêle, s'étira en baillant, laissant s'échapper un petit sifflement aigu, et se rendormi aussitôt.
François repensa à ces années passées dans une pension pour mauvais élèves riches à Chateaubriant, et à l'indifférence de son père lorsqu'il apprit sa fugue du pensionnat. Sa mère en revanche était bouleversée : « que vais-je faire d'un cancre pareil ! » se plaignait-elle sans cesse. C'est face à cette évidente inadaptabilité de François au système scolaire qu'elle lui trouva une place de trieur de cartons dans l'entreprise familiale. Elle finira même par lui offrir une voiture, peut-être faudra-t-il d'ailleurs y voir quelques sous-entendus...
Le grand frère, alors rentré d'Algérie se formait à la photo avec son père, et François suivrait bientôt ses traces.
Rien ne lui fera oublier la fierté qu'il avait pu lire dans les yeux de son père quand François a publié sa première photographie sous le nom des « Editions d'arts ». Le professionnel lui avait dit ce c' était « pas mal ». Le compliment avait provoqué un séisme chez l'apprenti, qui était resté muet, bête, sans mots.
François ouvrit les yeux, et avec un sourire triste, alluma une bougie.
Il était maintenant l'un des principaux photographes de la maison d'édition familiale. Il venait d'avoir 22 ans.
La veille, il avait enterré son père.
à l'adresse
19.6.09
Vierge ou pécheresse ?
Découvrez Rage Against the Machine!
Tout le monde l'appelait Marie.
Seuls l'administration publique et ses parents formulaient son nom complet. Elle détestait les papiers officiels qui toujours lui imposaient son patronyme en toutes lettres : Marie-Madeleine.
Gamine, elle ne s'était pas posé de questions quant à son nom. Elle le trouvait même beau, bien qu'un peu long. C'était par la suite devenu un sujet de moquerie pour ses camarades de classe. Un jour, à la télé, elle avait découvert qui avait été Sainte Marie-Madeleine. N'ayant pas connaissance de la foi de ses parents, elle les avait interrogés sur le choix de ce nom. Son père lui avait répondu d'une voix forte, un sourire sadique au coin de la bouche : "Te plains pas, p'têt que s'il ressuscite encore, tu t'feras sauter par le Christ !"
Elle s'était enfermée dans sa chambre, laissant son corps s'abandonner en larmes et sanglots convulsifs.
Depuis, elle ne se présentait plus que son le nom de Marie. Elle était ainsi a priori plus à l'abri d'éventuels assauts pervers du petit Jésus.
À 33 ans, elle était célibataire, se croyait de droite mais était habitée par un gauchisme refoulé, Docteur en Droit Communautaire, elle travaillait dans une des multiples branches de l'imbroglio administratif qu'est le Ministère de l'Immigration et de l'Identité Nationale.
Elle s'y plaisait.
Tout le monde l'appelait Marie.
La majorité de ses fréquentations étaient des gauchos modérés, du genre artistes refoulés devenus intellectuels frustrés. Pour la plupart, ils travaillaient dans le social, la psychologie ou la politique.
Marie détestait les soirées interminables passées enfermée dans un appartement bourgeois à débattre de la notion du Beau, de la valeur de la psychanalyse, de la place du trait noir de Mìro dans l'histoire des relations internationales, ou de la théorie Bukowskienne selon laquelle la merde dans le monde est due à la représentation des couilles du Christ sur un crucifix.
Marie restait alors silencieuse et suivait distraitement le cours des conversations.
Pour elle, Bukowski n'était qu'un enfoiré d'alcoolique profiteur du système qui ne vendait ses bouquins que grâce à une vulgarité provocatrice attirant le voyeur par nature qu'est l'humain. Mìro, lui, était sûrement un branleur paresseux qui se foutait de la gueule des intellectuels amateurs d'art surréaliste.
Elle souriait intérieurement à ces pensées obscènes.
Puis elle se démoralisait quand fatalement, l'un des convives vidait la dernière bouteille de vin de la soirée dont elle n'avait pu boire que si peu de verres.
Elle aimait être saoule, se faire peur en s'approchant des interdits, hurler, danser seule dans son appartement sur du Janis Joplin, ou écouter Satie, nue dans son lit, les yeux brillants de larmes.
Elle appréciait le froid sec et vivifiant des matins de printemps, les longues balades sans but dans les beaux quartiers de la capitale, et savourait dans un silence religieux son rituel excès du dimanche soir : bière brune accompagnée de sa cigarette hebdomadaire.
L'art en général la touchait, quel que soit le domaine. Elle n'y connaissait rien au niveau théorique ou historique, et elle ne pratiquait pas. Mais elle se laissait volontiers envahir par les émotions face à une œuvre.
Ainsi, elle fréquentait théâtres, cinémas, musées, ou salles de concert assez régulièrement. Le plus souvent, elle y allait seule, pour ne pas avoir à formuler d'opinion critique maladroite et au contraire profiter pleinement et égoïstement des sensations ressentie.
Cela faisait déjà 3 heures qu'elle flânait dans le musée. Elle passait de salles en salles, revenait, fixait un tableau ou une sculpture pendant de longues minutes, souriant à la vue d'amateurs commentant les oeuvres.
Marie ne regardait jamais le nom des auteurs ni les dates, ça lui était égal, l'œuvre en elle-même lui suffisait. Aussi, son petit jeu consistait à éviter les groupes de touristes accompagnés de guides et de leurs longs développements sur l'histoire et l'analyse des tableaux.
Elle allait dans les musées aux heures les moins fréquentées et cherchait toujours les salles un instant désertées.
Alors qu'elle quittait justement l'une de ces salles à l'arrivée d'un groupe de visite guidée, son regard fut attiré par une peinture, à gauche de la sortie.
Marie ralenti, s'arrêta, se dirigea vers le tableau et se planta devant, immobile.
Les gens disparurent, les autres oeuvres disparurent, le musée disparu.
Elle se retrouva seule au milieu de rien avec ce tableau qui s'offrait à elle. Et elle s'offrit à lui. Elle senti qu'elle tombait amoureuse. Elle n'aurait pas su décrire la peinture, juste, peut-être, dire : "il s'adresse à moi, tellement..."
Elle sorti son tube de rouge à lèvres, s'en peignit soigneusement les lèvres, et lentement, très lentement, approcha son visage de la toile jusqu'à y déposer sa bouche. Elle resta figée quelques secondes dans cette position, les yeux fermés, le temps que les vigiles arrivent et lui passent les menottes.
Devant le juge, elle dira pour toute défense, "c'était un acte d'amour".
À défaut de s'être faite sauter par le Christ, Marie-Madeleine sera condamnée à des travaux d'intérêt général et à 1500 euros d'amende.
Les temps sont durs pour les saintes...
à l'adresse
15.6.09
Sons dimanche
Des gamins chantent à tue-tête, dévalant la rue sur des engins de leur confection. Du be-bop d'un autre âge s'échappe, tout en fluidité, d'une fenêtre dont un seul battant est resté fermé. Le soleil frappe sans pitié, un peu trop pour les autochtones, la vieille du dessous n'en peut plus, comme de la pluie d'ailleurs.
Des voix s'élèvent, les parents ont pris peur pour leur bambins : tout le monde à la maison.
La terrasse en construction, avec vue sur béton gris, subi quelques dernières retouches, et Charlie Parker voit son quintette grossis d'une perceuse Black & Decker.
Une brise se lève, irrégulière mais douce, et vient progressivement sécher mon front humide.
Un frisson me gagne alors que l'ombre s'empare de la rue. Je rentre mon nez, mais laisse la fenêtre grande ouverte. La perceuse, qui avait eu raison du swing, se tait à son tour. Un semblant de silence s'installe.
Le vent de "suroît" qui ne brille que par son inconstance, compose en instantané quelques menuets aérés, interprétés pianissimo par les feuilles de notre érable esseulé, majestueux gardien qui surplombe la rue.
Je m'allonge, les yeux fermés, pour mieux me laisser envahir par les sons. Je tente de percevoir, voir de ressentir, chaque nouvelle note du quotidien de cette rue, un dimanche, en fin après-midi. Toutes oreilles tendues vers la béance de ma vieille fenêtre en bois à la peinture effritée, je veux entendre la page d'un livre, que tournerai l'amateur de jazz d'en face, le pas léger d'un chat sur le bitume, ou une feuille qui déplace l'air lors de sa chute ; jusqu'au silence lui même s'il existe.
Mon être entier au service d'un seul sens.
C'est ce moment que choisi la violoncelliste qui habite tout en bas de la rue pour faire sonner son instrument. Je ne peux tout percevoir, mais chaque note, chaque union de l'archet avec une corde qui me parvient, me pénètre comme une profonde inspiration, vient caresser chaque muscle, chaque nerf, chaque phanère, par légers frôlements terriblement délicats, suspendus, qui me remplissent avec tant de justesse d'une sérénité enivrante.
Ce n'est qu'à l'aube du lendemain que les chants éthérés des oiseaux printaniers réussirent à m'extirper des tendres bras de Morphée.
Des voix s'élèvent, les parents ont pris peur pour leur bambins : tout le monde à la maison.
La terrasse en construction, avec vue sur béton gris, subi quelques dernières retouches, et Charlie Parker voit son quintette grossis d'une perceuse Black & Decker.
Une brise se lève, irrégulière mais douce, et vient progressivement sécher mon front humide.
Un frisson me gagne alors que l'ombre s'empare de la rue. Je rentre mon nez, mais laisse la fenêtre grande ouverte. La perceuse, qui avait eu raison du swing, se tait à son tour. Un semblant de silence s'installe.
Le vent de "suroît" qui ne brille que par son inconstance, compose en instantané quelques menuets aérés, interprétés pianissimo par les feuilles de notre érable esseulé, majestueux gardien qui surplombe la rue.
Je m'allonge, les yeux fermés, pour mieux me laisser envahir par les sons. Je tente de percevoir, voir de ressentir, chaque nouvelle note du quotidien de cette rue, un dimanche, en fin après-midi. Toutes oreilles tendues vers la béance de ma vieille fenêtre en bois à la peinture effritée, je veux entendre la page d'un livre, que tournerai l'amateur de jazz d'en face, le pas léger d'un chat sur le bitume, ou une feuille qui déplace l'air lors de sa chute ; jusqu'au silence lui même s'il existe.
Mon être entier au service d'un seul sens.
C'est ce moment que choisi la violoncelliste qui habite tout en bas de la rue pour faire sonner son instrument. Je ne peux tout percevoir, mais chaque note, chaque union de l'archet avec une corde qui me parvient, me pénètre comme une profonde inspiration, vient caresser chaque muscle, chaque nerf, chaque phanère, par légers frôlements terriblement délicats, suspendus, qui me remplissent avec tant de justesse d'une sérénité enivrante.
Ce n'est qu'à l'aube du lendemain que les chants éthérés des oiseaux printaniers réussirent à m'extirper des tendres bras de Morphée.
à l'adresse
1.6.09
Inscription à :
Messages (Atom)
